Après avoir grâce au sport sillonné l'Europe et la Suisse, rencontré des gens merveilleux, traversé des moments d'euphories et de difficultés qui font le charme du sport de compétition, partagé des instants extraordinaires en représentant les CFF dans diverses compétitions, j'allais vivre en 2004 l'expérience la plus extraordinaire de ma vie, celle d'acteur!
Comme je l'ai dit dans le préambule, ce blog vous a démontré que grâce au sport, de nombreuses opportunités peuvent s'ouvrir à vous et pas des moindres comme vous allez le voir.
Certes, il faut certainement avoir aussi un peu de chance dans la vie comme je l'ai eu en automne 2003 en recevant ce mail informant que des athlètes étaient recherchés pour la production d'un documentaire fiction. Mais si je n'étais pas sportif, ni organisateur, ni en possession d'un ordinateur, alors je n'aurai sans aucun doute pu participer à ce programme. Le statut d'organisateur et de secrétaire du club d'athlétisme FAS a fait que je me retrouve dans le listing de Jessica, ex-présidente du Stade Genève et très active dans l'athlétisme à Genève. La société Gédéon Programme à Paris avait transmis à toutes les fédérations nationales ce mail qui a été ensuite transféré aux associations régionales et par conséquent cantonales pour la suisse. L'AGA (association genevoise d'athlétisme) a transmis ce message aux organisateurs et présidents de club, dont les membres n'auront pas tous la chance de bénéficier du même dévouement et de sérieux de la part de leur dirigeant par conséquent ce mail ne suivra pas forcément...
Toujours est-il que je me suis décidé à remplir mon CV, ma lettre de motivation et de renvoyer le tout accompagné de quelques documents à Paris afin que ma candidature puisse être prise en compte. Quelques semaines se sont écoulées lorsque j'ai reçu un téléphone de Paris m'informant de la bonne réception des documents. Mais quelques jours après cet heureux coup de téléphone, je reçois un second mail émanant cette fois-ci de la TSR avec le même contenu. Finalement la logistique n'étant pas très accordée entre Paris et Genève, je renverrai un second dossier à la TSR cette fois-ci. Après quelques semaines, ma candidature sera retenue avec 2 autres lutteurs suisses et un second athlète helvétique.
Le but du film était de faire vivre 30 athlètes (5 équipes de 6 athlètes) venus d'Espagne, d'Italie, de Grèce, de France et d'Allemagne dans les conditions de l'Antiquité. Démontrer aux téléspectateurs notre faculté d'adaptation dans ces conditions hostiles tout en nous entraînant afin de remporter la compétition qui nous attendait deux semaines après avoir vécu dans un camp Grec reconstitué dans les environs d'Olympie. Les compétitions allaient se dérouler sur le stade mythique d'Olympie. Une aventure qui vous est offerte une fois dans votre vie. Le plus grisant est de savoir qu'environ 2000 ans après le dernier vainqueur d'une discipline des jeux antiques, vous serez peut-être le prochain et le dernier "Olympionike" à inscrire votre nom parmi les plus grands champions de la Grèce Antique comme tel que Léonidas de Rhodes, vainqueur durant quatre Olympiades consécutives au "Stadion" (200m), au "Diaulos" (400m) et à la course en armes, ou encore le gigantesque Polydamas de Skotoussa, pancratiaste qui , pour rivaliser avec Héraclès, tua un lion à mains nues, sans oublier Milon de Crotone le lutteur, Achille, Chionis de Sparte, Pytoclès d'Elis, Hermès etc...
La TSR viendra à la rencontre de chaque candidat afin de dresser un portrait sous forme de photos, et de film pour le besoin de la production. Ma candidature ayant été retenue, j'emmènerai l'attachée de presse, le photographe, le caméraman et le journaliste au plateau des Glières à l'occasion de la course de ski de fond que prenaient part nos petits champions du club du Stella Alpina. Il sera démontré dans le film mon investissement dans la formation des jeunes skieurs de fond. Cette journée fût une course contre la montre puisqu'à peine les enfants arrivés de leur course, je repartais en compagnie de cette délégation inhabituelle à Presinge, où se déroulait l'édition annuelle de la course de Presinge dont j'allais participer. Mes adversaires mais néanmoins amis étaient quelques peu intrigués de ces sollicitations à mon égard. Un caméraman qui me suivait sur un scooter pendant la course, le photographe qui me mitraillait de son appareil photo à chaque passage sous l'oeil attentif de l'attachée de presse. Cela peut paraître grisant comme situation vu de l'extérieur mais cela était finalement plutôt intimidant. De plus, j'avais à coeur de montrer que je faisais partie des coureurs me battant pour le podium et que ma candidature n'était pas une utopie. La fierté n'avait rien à voir là-dedans, mais les exigences demandées par la production pour participer à cette aventure étaient assez élevées, des performances proches des meilleurs coureurs nationaux. Il m'a fallut quelques peu (sur)estimer des temps car je n'avais pas de référence officielle sur piste. Des performances probables en additionnant plusieurs "si"... La tendance était tout de même d'annoncer des performances optimistes pour augmenter mes chances d'être retenu. Il s'avéra que de nombreux sélectionnés ont opté pour cette "technique". Seulement à ceux jeux-là, il y a toujours un moment de vérité... Pour la course de Presinge, le premier test allait finalement bien se passer. Je terminais à la seconde place et le risque de passer pour un touriste m'était évité.
Mais l'instant de vérité aura lieu quelques semaines plutard lors des qualifications à Paris. A ce moment, rien n’était fait pour partir en tournage. Les sélections concernaient que les athlètes allemands, français et suisses. La sélection des athlètes des autres nations se déroulait en interne dans leur propre pays. Il n'y avait que 6 places pour les allemands, 4 pour les français et 2 pour les suisses. Français et Suisses allaient constituer l'équipe francophone en Grèce. Chaque équipe allait être constituée de 2 lutteurs, 2 pentathloniens et 2 coureurs. Les sélections allaient se dérouler sur deux jours sur la piste couverte d'Aubonnes près de Paris. J'allais vraiment me demander le premier jour, ce que j'étais venu faire là-bas....Les disciplines demandées étaient toutes sauf celles pour lesquelles je nourrissais des aptitudes me permettant de rivaliser avec les meilleures et de plus, le niveau des athlètes surtout chez les allemands étaient tel que je me suis dit: "veni...vidi...perdi"
Les sélections
Au programme du premier jour: 60m, saut en longueur sous la forme des sauts fait dans l'Antiquité, à savoir 3 sauts pieds joints consécutifs puis pour terminer le 400m. Après un 60 m qui ma valu la 16ème place, j'allais me détruire sur les sauts avec lesquelles j'ai du obtenir la 12ème place environ. Restait le 400m pour clore cette première journée. Mes jambes tremblaient encore des sauts précédents quand je m'élançais pour ces deux tours de piste (les pistes indoor mesurant 200m pour la plupart). J'obtiendrai un temps de 54'' qui me comblera personnellement mais qui ne pèsera pas lourd face au 48'' du meilleur (mon collègue suisse) et au 50'' de la grande majorité. Après la première journée, je me disais vraiment qu'il n'y aura pas de miracle et que ma destination le dimanche soir serait Genève au lieu de Nice parmi les 12 heureux élus. Le lendemain, l'archéologue Français, Philippe De Carbonière vint vers moi pour me dire de vraiment me montrer sur le 1000m qui était à ses yeux ma distance. A ses yeux certainement et au vu des disciplines qui étaient au programme également. Cependant, mes distances se situent plutôt entre 8km et le semi marathon raison pour laquelle on allait me coller l'étiquette de marathonien alors que je n'en ai jamais fait de ma vie. Le cinéma n'aime pas forcément les vraies histoires, il préfère modifier un temps soit peu les faits réels afin d'en faire des scénarios à l'eau de rose... Le 1000 reste tout de même une distance bien spécifique ou les qualités de vitesse sont requises. De plus, le dimanche matin, je descendais les escaliers à reculon, tant mes cuisses me faisaient mal; ça commençait bien...Néanmoins j'allais me surpassé dans ce 1000m pour terminer meilleure francophone et deuxième de tous les participants dans le temps de 2'33''.
Après quelques grimpées de corde et de l'initiation à la lutte, la journée se termina pour chacun par un face à face entre l'athlète et la délégation d'experts composée d'une dizaine de personnes représentant la production du film, les entraîneurs, les archéologues etc...Ce moment intimidant nous rappelant un examen oral permettait à chacun de nous d'argumenter notre motivation pour cette aventure. Après quelques heures de délibération, le verdict tombait. On commença par nommer dans l'ordre suivant: les 2 lutteurs, les 2 pentathloniens et les 2 coureurs du côté allemand. Joie et déception pour certain pouvaient être observé sur les visages des 40 athlètes installés dans les gradins. Venait au tour des francophones. Les deux premiers nommés étaient les lutteurs, et suisse de surcroît. J'avais dès lors compris que moi et mon camarade helvétique ne serions pas nommé puisque seul deux places étaient à disposition de la Suisse. Nous avons néanmoins été nommés comme athlète de réserve en cas de désistement. Nous étions très déçu et notre épopée devait s'arrêter là. Nos camarades francophones avec qui nous avions déjà lié des liens d'amitié très fort étaient très tristes pour nous d'autant plus qu'eux allaient être du voyage et prendre place dans le train de nuit le soir même à destination de Nice à la villa "Kerilos". Là-bas, on allait leur présenter le programme définitif de la Grèce, les disciplines ainsi que les tenues. Mon camarade suisse et moi-même avons appelé notre ami Emile de la TSR pour lui donner les résultats définitif des sélections. Il était à la fois déçu et révolté de voir que nous n'avions pas été retenu malgré nos bonnes performances. J'avais terminé meilleure francophone sur 1000m et mon collègue meilleure athlète sur 400 et toujours bien placé dans les autres disciplines. Plusieurs jours allaient s'écouler avant un coup de fil miraculeux dont je m'y attendais quelque peu. Nous avions déjà reçu des sms de nos amis francophones depuis Nice nous informant que nos petits lutteurs suisses n'étaient pas vraiment "chaud" pour porter la tenue "légère" prévue à Olympie. L'idée de passer à la TV quasi dénudé leur étaient insupportable, sans doute par peur du "quant dira-t-on" au retour dans leur foyer en Valais.
Retournement de situation inespéré
La conséquence de ce merveilleux évènement fût la libération de deux places pour la Suisse, quel bonheur! J'étais vraiment très heureux, ce retournement de situation inespéré allait transformer un rêve en réalité. Je m'empressais dès lors, d'appeler mon collègue suisse pour partager cette merveilleuse nouvelle mais à ma grande surprise, il n'était pas enchanté! Je n'y comprenais plus rien, lui qui était si motivé à la sélection. Très croyant, il interpréta sa non sélection dans un premier temps comme un signe. Mais il y avait certainement la pression familiale. Cette dernière devait voir d'un mauvais oeil cette aventure (à tort). Emile de la TSR également très surpris prit finalement la décision d'envoyer qu'un seul représentant helvétique en Grèce. Cet incident fera également un autre heureux, allemand et réserviste comme moi. Les allemands allaient mettre à disposition de l'équipe francophone leur spécialiste de 1500m (vainqueur des sélections sur 1000m) pour parer au désistement helvétique et sélectionner un lutteur supplémentaire. De ce fait, l'équipe francophone n'aura aucun lutteur représenté à Olympie et les allemands aucun coureur de demi-fond. Emile me dira que finalement cela n'est pas plus mal pour la promotion "...on fera plus la lumière sur un seul athlète pour promouvoir l'émission...". A cet instant, je ne me rendais pas vraiment compte ce que représentait "une promotion" d'émission. De nombreux quotidiens allaient exposer mes photos spécialement prises pour l'occasion tels que TV8, TV Guide, Le Matin, La Tribune de Genève, Le Blick, Le Temps, La Liberté pour ne citer que les principaux ainsi que la bande annonce précédant la diffusion des émissions qui seront au nombre de 10 x 26' (épisodes), 1 x 90 minutes (film sur les compétitions) 1 x 60 minutes (un film sur l'histoire), 1 x 50 minutes (le making off, les coulisses du tournage).
Comment imaginer que le petit coureur de Genève âgé de 8 ans lors de ses débuts allait 25 ans plu tard, avoir l'opportunité grâce à la course à pied de participer à une telle aventure ? Une expérience qui marquera à jamais mon esprit et pour laquelle je rencontrerai deux amis très chers avec lesquelles nous passerons des vacances ensembles et participeront au mariage de l'un d'entre-eux. Cette aventure, c'est aussi une expérience sportive difficile, la découverte d'un pays, le milieu cinématographique inconnu jusque-là pour moi et des rencontres merveilleuses.
La Grèce
Au mois d'avril 2004, toute la délégation germano francophone allait s'envoler à destination d'Athènes. De la capital Grec, nous prendrons un car qui nous emmènera sur le site d'Olympie ou se déroulera l'acte principal de cette aventure et où nous attendrons les différentes délégations étrangères (italiens - espagnoles et grecs).
A notre arrivée à Olympie, nous serons conduit à notre logement situé à proximité du site archéologique d'Olympie. Nous n'y passerons qu'une seule nuit avant de prendre nos quartiers dans le site expressément construit pour accueillir les athlètes. Nous profiterons néanmoins d'une bref visite du stade d'Olympie où auront lieu nos futurs compétitions. Nous vivions là, nos dernières heures avec la civilisation actuelle avant notre cloître dans l'Antiquité.
La découverte de notre terrain d'entraînement
Le lendemain, équipe par équipe allions entrer dans l'enceinte réservée au tournage. Nous étions très excité à l'idée de découvrir enfin ces lieux expressément aménagés pour nous. On nous les avait tellement décris que notre curiosité devenait trop forte. Lorsque cela fût notre tour, nous avons été émerveillés par la découverte des installations. Tentes, personnels du tournage en costume et la Palestre étaient expressément reconstitué pour les besoins du tournage. Rêve ou réalité, nous ne pouvions exactement définir la frontière. Tous les objets de notre temps étaient proscrits afin d'éviter les anachronismes durant le tournage.
Notre quotidien était constitué d'entraînement, de repos, de massage, de repas, de loisirs, de douche et de sommeil réparateur et le tout, à la façon "Antique". Le but étant d'expérimenté la vie de l'époque et de s'adapter au technique utilisée lors des différentes épreuves sportives et d'apporter des réponses ou du moins des hypothèses aux nombreuses questions que se posaient les archéologues. Les conditions climatiques de la première semaine ont été difficiles. L'humidité et le froid se lièrent pour rendre notre vie pénible et ce ne sont pas les maigres et légers vêtements fournis qui allaient nous permettre de lutter efficacement contre les éléments. Néanmoins le moral était au beau fixe, la rigolade à l'ordre du jour même si chacun de nous donnait le maximum à l'entraînement afin d'espérer secrètement de remporter l'une des épreuves des jeux. Nous bénéficions côté francophone des conseils avertis de Jean-Claude Perrin nommé pour l'occasion "Megaphonos" tant sa voie portait loin. L'idée de nommé chacun de nous par des noms d'anciens vainqueurs de jeux antiques émanait de notre archéologue, Philippe de Carbonnière. Pour ceux qui ne connaissent pas Jean-Claude Perrin, ils ont pu le découvrir dans les commentaires sportifs liés à l'athlétisme lors des JO de 2004 en Grèce sur la chaîne "Eurosport" dont il est encore le consultant pour l'athlétisme. Mais il est surtout connu pour avoir mené Pierre Quinon sur la plus haute marche du podium et Thierry Vigneron à la troisième place du concours du saut à la perche lors des JO de Los Angeles en 1984. Il sera également le préparateur physique du PSG qui remportera la coupe d'Europe en 1996 et également celui de l'équipe de France de Coupe Davis qu'elle remportera en 1991 avec Guy Forget, Henri Leconte et coaché par Yannick Noah. En résumé, Megaphonos est une sommité, mais surtout un type attachant, drôle et compétent, je tomberai sous le charme. Côté lutteur, les conseils étaient dispensés par Georges Ballery. Un bonhomme de 64 ans ayant participé à plusieurs championnat du monde et Jeux Olympiques dans sa carrière et dont il sera difficile d'atteindre son niveau durant les nombreux exercices qu'il nous dispensera. Moins charismatique que Jean-Claude, il n'en est pas moins un homme fort sympathique et touchant. Leur duo fera un malheur pour notre pur bonheur, nous rappelant quelques peu "Statler et Waldorf" les deux petits vieux du "Muppetshow" par leur humour et leur complicité. Côté allemand, le megaphonos germanique sera représenté par Harald Schmid ce vice champion Olympique du 400m haies et ex-recordman d'Europe de la discipline. Personnage discret et réservé et pas avar de gentillesse. Nous resterons impressionner devant ce personnage de classe mondial.
Les entraînements
Chacun de nous bénéficiera de conseil et de programme d'entraînement adapté à ses propres capacités et à sa discipline. Les lutteurs passeront la majeur partie de leur temps à se muscler et à lutter. Quelques footings seront néanmoins à leur programme. Mais à les voir courir, on voit bien que cela n'est pas leur tasse de thé! Mais contrairement aux athlètes, les lutteurs s'entraînent ensemble, toute nation confondue. Mais certain "dominé" à l'entraînement se révèleront être de redoutable combattant lors des compétitions à l'image des lutteurs Grecs. La morphologie de l'un d'entre-eux est particulièrement impressionnante. De corpulence plutôt trapue, son cou devait être aussi large que mes deux cuisses ensembles...ces bras et ces mains n'étaient pas en reste non plus. Mais questions civilités, ces lutteurs grecs semblaient s'approcher plutôt de l'homme des cavernes que celui de l'homme de nos jours. Le soir, leurs jeux barbares allaient perturbés nos soirées calmes et bonne enfant que nous partagions aux côtés des allemands que nous connaissions bien pour les avoir toujours côtoyé. Italiens et Espagnoles partageaient également leurs moments libres ensembles. Pour nous, coureurs de fond, notre terrain d'entraînement s'étendait largement au delà des limites du campement. Les champs de fleurs, l'ombre des Oliviers, les chèvres et leurs gardiens, la rivière, les paysans locaux faisaient partie du décor idyllique que nous bénéficions lors de nos footings. Les caméramans ont trouvé des décors naturels somptueux qui rendront merveilleusement bien à l'écran. Contrairement à ce qui a pu être dit, au risque de faire tomber le mythe, nous, coureurs de fond, utilisions des baskets afin d'effectuer nos longues séances de course dans la campagne. Seul les ignares pouvaient croire le contraire. Avant notre entrée dans le camp lors du premier jour, Mégaphonos qui s'était prêté au jeu pour cette expérience, nous avait conseillé d'emmener discrètement nos baskets dans nos tentes. Il n'était pas près à sacrifier la santé des athlètes au détriment du délire de certain de la production et des archéologues. Seul un homme censé tel que lui pouvait anticiper sur une catastrophe inévitable en persistant dans cette voie suicidaire.
D'ailleurs cela sera fatal aux allemands. J'étais même étonné de la part d'un personnage de la trempe d'Harald Schmid de n'être pas arrivé à la même conclusion que Jean-Claude Perrin. On connait les allemands pour être des adeptes de la méthode "Coué", mais on ne s'improvise pas "africain" du jour au lendemain. Se basant sur son expérience d'athlète, Harald, adepte des footings pied-nu à l'heure de son apogée, incitera les athlètes allemands à jouer cette expérience à fond en respectant scrupuleusement les conditions de l'Antiquité. Du côté francophone, on avait nuancé ce point afin de préserver toutes nos chances de pouvoir concourir après les deux semaines de "captivité" sur le stade mythique d'Olympie. Il ne s'était pas écoulé deux jours avant qu'on signalait les premiers blessés côté allemand. La nature les raisonna, et ils suivirent rapidement l'exemple francophone. Jean-Claude raisonna également l'équipe du tournage en leur précisant que s'ils tenaient à voir des compétitions deux semaines plutard il fallait être très raisonnable. Nous n'abuserons pas de ce "luxe" et les baskets ne seront mises uniquement à l'occasion des longs footings et en dehors du campement pour éviter les anachronismes lors du tournage ainsi que la jalousie mal placée des latins. Ils ne pouvaient se rendre compte car leurs équipes étaient composées principalement de sprinters et de lutteurs. Aucun coureur de fond dans leur rang à l'exception d'un italien. Les footings au abord de la palestre sur la minuscule piste en sable aménagée leur suffisaient. Pour notre part, on se voyait mal effectuer une centaine d'aller retour pour ces entraînements spécifiques. D'autre part il aurait été dommage de se priver de la découverte du paysage. Venir en Grèce et ne rien voir aurait été frustrant. A ce propos, les premiers jours étaient assez intimidants lors de nos footings. Nous croisions régulièrement des paysans travaillant dans leur champ. Imaginez cinq coureurs foulant les sentiers rocailleux des lieux avec pour unique équipement, une paire de baskets et un pagne! Et bien à notre stupéfaction, les gens ne présentaient aucun signe moqueur. Ils étaient mêmes indifférents à notre passage pour notre grand soulagement, à se demander s'ils ne vivaient pas encore dans l'Antiquité...
L'approche des jeux
Les jeux approchaient après 10 jours passés uniquement dans l'enceinte du campement, nous n'étions pas mécontent que l'expérience touche à sa fin. Cela finissait par être long, et la fatigue était là. Il ne faut pas oublier non plus que nous n'avions plus de nouvelle du monde extérieur et la famille commençait à manquer pour chacun d'entre-nous. J'étais le plus vieux de l'équipe francophone. Nous avions même fêté mon 33ème anniversaire dans le campement. Oh, la fête fût très sobre, une torche plantée au milieu de notre pain quotidien en guise de bougie sur le gâteau et un bouquet de fleur cueilli par mes camarades de tente pour cadeau. Cela fût néanmoins un bel anniversaire. Enfin, comme je le disais, nous avions hâte du dénouement final, rien que pour évacuer le stress de la compétition. Chacun la jouait modeste, presque défaitiste, mais intérieurement, chacun voulait secrètement remporter la couronne d'Olivier. Les jeux allaient se dérouler sur 2 jours sur le stade d'Olympie réservé uniquement pour nous et fermé au public. A Paris, on nous disait qu'il y aurait 10'000 figurants dans le stade pour jouer le public. Le stade pouvait à l'époque des jeux antique contenir 50'000 personnes. En conclusion, les 200 personnes présentes n'ont pas eu besoin de se serrer...La population d'Olympie conviée pour les jeux n'ont pas franchement répondu présent. Néanmoins, les plans serrés éviteront de faire ce triste constat sur le petit écran. Le maigre budget de la production (env. 3 mio d'euros) ne permettra pas non plus d'utiliser des images de synthèse et de reconstituer des personnages fictifs, ce n'est pas une production Hollywoodienne! La veille des jeux, une cinquantaine de journalistes venus d'Europe ont été convié pour la promotion de l'émission afin qu'il puisse voir ces "animaux de cirque". Le terme est un peu fort car à vrai dire nous étions content de revoir des visages familiers. La TSR avait dépêché mon attachée de presse avec son photographe, le journaliste du TV Guide ainsi que la responsable des programmes divertissement de la chaîne helvétique. Tout ce petit monde de la presse a été impressionné par nos séances d'entraînement, des décors et de notre état général (odeur, fatigue, blessures etc). Le lendemain, ils allaient assister à l'ouverture des jeux et les premières disciplines après une nuit passée naturellement à l'hôtel.
Les jeux
Le moment le plus émouvant restera l'entrée dans le stade. Les frissons remontaient le long de mon échine, et la chair de poule donnait du relief à ma peau colorée façon "esquimau". De longues heures ont été consacrées à des prises de vues sur l'entrée dans le stade et la cérémonie d'ouverture des jeux. La première discipline de ces joutes antiques fût le "Stadion" soit une longueur de stade représentant 192m. Naturellement, je n'y participais pas mais jouais le rôle de photographe. Megaphonos toujours aussi humain, nous avait rapporté discrètement dissimulé sous sa toge, 6 appareils photos jetables achetés le matin même afin d'immortaliser nos meilleurs et derniers moments de cette aventure. On se disait que le présent est le présent et que nous n'aurions rien à rapporter comme souvenir au retour dans nos foyers. Tout allait être détruit derrière nous, resterait que nos souvenirs. Jean-Claude était vraiment un homme extraordinaire, et tellement humain. Pour la petite anecdote, un jour, Jean-Claude Perrin s'est ramené dans le campement avec 4 barres de fer d'une longueur de 2 mètres environ chacune et fraîchement peinte à la bombonne. Tout le monde se demandaient qu'est-ce que ce vieux "briscar" a derrière la tête? Il voulait simplement nous dispenser d'un cours de perche devant la palestre. Notre archéologue en était tout retourné voir presque choqué: " Mais que faites-vous Jean-Claude? Il n'y avait pas de la perche dans l'antiquité!..." et de sa grosse voix, Jean-Claude répondit: "Quand on a le plaisir de connaître Jean-Claude Perrin, on ne peut le quitter sans avoir essayé la perche...". Personne ne contestera son désir de nous offrir quelques instants de détente et de plaisir tant son statut et sa carte de visite inspirait le respect. Il avait été entraîneur de l'équipe de France de saut à la perche durant de nombreuses années. Il était capable de mettre dans la tête des plus faibles qu'ils pouvaient être les plus fort et je parle en connaissance de cause. La veille de la première journée des jeux, Jean-Claude qui participait souvent avec le staff de tournage, les archéologues et les autres entraîneurs (chaque pays avait leur propre entraîneur) à des séances d'organisation afin d'apporter ses conseils techniques nous dit: "J'ai vu les boucliers et les casques pour la course en arme, c'est du lourd!" Puis il se tourna vers moi et rajouta: "Ca c'est une course pour toi!". J'étais très surpris qu'il pense que cette discipline soit pour moi car elle se déroulait sur une distance de 400m, adaptée à tous ces sprinters puissants et athlétiques. De toute façon, j'étais venu pour le Dolichos (7 stades soit env. 1500m).
Le jour J
Après avoir vécu une première journée d'épreuve émouvante et impressionnante, j'allais enfin entrer en compétition. J'avais encore à l'image ces premières cérémonies officielles couronnant les premiers champions d'Olympie du 3ème millénaire. Tous les athlètes s'étaient donnés à 200% pour obtenir le sésame tant convoité. Les lutteurs s'étaient livrés jusqu'au sang. Les grecs avaient créé la surprise en plaçant leur athlète le plus "fluet" en final contre l'impressionnant allemand Detlev qui avait évolué dans sa jeunesse dans l'élite nationale et remporté le titre de champion du monde dans la catégorie vétéran (voir photos précédentes, debout sur le banc par dessus son coéquipier lors d'une séance de force). Les journalistes étant rentrés, il ne restait que la population locale pour m'encourager dans ma course. Néanmoins, mes confrères helvétiques m'avait quitté sur ces dernières paroles: "...on compte sur toi pour demain, le pays attend un champion...". Rien de tel pour augmenter encore plus la pression que les allemands avaient coutume de boire, mais moi cette pression-là allait plutôt me déshydrater...
Caprice de star
Après la victoire d'un allemand sur le 400m ou "Diaulos" (1 aller et retour) et quelques simulations de combat par des acteurs venus du sud de la France afin de démontrer le pancrace et le pugilat (disciplines de combat avec la lutte), s'était au tour du "Dolichos". Mais un incident allait perturber et entacher cette journée qui se devait être la plus belle pour moi.
Espagnols et Italiens ne voulaient plus courir pied-nu ! Commençait dès lors des pourparlers interminables entre la production et ces latins la jouant « starlette ». J’essayais, ainsi que mes camarades francophones de garder tout mon influx pour la course et de faire abstraction de ces évènements. Voyant que ces « imbéciles » campaient sur leur position et sentant que notre course allait se résumer à une course interne « tente franco », ma déception et ma déconcentration prenaient le dessus. Finalement, au bout de 20 min. de palabre, nous allions enfin pouvoir nous élancer avec 4 coureurs au départ. Dès ce jour, l’ambiance entre tente allait se dégrader et les dernières épreuves allaient prendre la tournure de règlement de compte. Sur excité par ces événements, j’allais prendre un départ trop rapide dans cette course. Le principal favori restait dans ma foulée tandis que les deux autres commençaient déjà à perdre du terrain après 500m de course. Au deux tiers de la course, mon compagnon de tente, Christoph, l’allemand « en prêt », décida d’accélérer brusquement le rythme que je ne pourrai suivre. Dès lors, la messe était dite, j’allais terminer à la seconde place à une cinquantaine de mètre du vainqueur. Pendant que je récupérais et savourais cet instant magique, le vainqueur était emmené par les « Hellanodikai » (commissaire ou arbitre des Jeux) auprès de l’Autel pour le sacrement.
Le lendemain avait lieu la dernière journée des jeux. Je n’étais pas mécontent de savoir qu’après ces dernières compétitions, j’allais retrouver un vrai lit, une vraie douche et tout le confort pour lequel nous n’avons pas conscience dans la vie de tous les jours.
Pentathlon, un goût de revanche
Au programme de cette journée, le pentathlon et la course en arme. Je n’étais prévu à aucune de ces compétitions et mes chances d’obtenir le titre d’ »Olympioniké » était nul. Cependant, l’envie de vivre une dernière fois ces Olympiades était importante. J’allais donc prendre part qu concours du Pentathlon. Deux groupes d’une douzaine d’athlètes aller former les poules.
Pour obtenir le titre de champion, il fallait remporter 3 épreuves sur 5. Les premières disciplines étaient le javelot, le disque et ensuite le saut en longueur. Si les deux premiers de chaque poule remportaient les 3 premières épreuves, le concours allait se poursuivre sur l’épreuve du « Stadion » (sprint de 192m). Enfin, s’ils remportaient encore l’épreuve du sprint dans leur poule, ils devaient se départager dans l’épreuve de lutte. Les favoris étaient notre représentant francophone, Guillaume et un espagnol. En embuscade quelques athlètes Allemands qui pouvaient très bien créer la surprise. Une divinité de marque était venu nous encourager dans le stade, le très célèbre Eole, dieu du vent. Le concours du javelot allait presque tourner en une loterie à numéro. Néanmoins, les deux favoris remportaient la première épreuve. Moins sujet au vent, le concours du disque allait être également remportés par les mêmes athlètes.